Publié le 30 septembre 2026 par Équipe Objectif Gendarme
Liberté, Égalité, Fraternité : la devise au concours de gendarmerie
Devise Liberté, Égalité, Fraternité : origine, dates clés (1790, 1848, 1880, 1958), éclipse de Vichy et fraternité de 2018 pour le concours de gendarmerie.
Vous la lisez sur chaque mairie depuis l’enfance. Pourtant, au moment de dater la devise Liberté, Égalité, Fraternité pour le concours de gendarmerie, beaucoup de candidats hésitent entre 1789, 1848 et 1958. La réponse courte : la devise naît dans le vocabulaire de la Révolution, devient un principe constitutionnel en 1848, entre sur les frontons des édifices publics le 14 juillet 1880, et figure aujourd’hui à l’article 2 de la Constitution de 1958. Ajoutez une date récente que peu de candidats connaissent : 2018, l’année où la fraternité a acquis une valeur juridique. Voici comment tout retenir sans rien mélanger.

La devise au-dessus de l’entrée de la mairie d’Eysines (Gironde). Même un bâtiment contemporain perpétue l’usage fixé en 1880. Photo : Als33120, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
D’où vient la devise Liberté, Égalité, Fraternité ?
Commençons par ce que la Révolution n’a pas inventé. L’association de la liberté et de l’égalité circule déjà chez les philosophes des Lumières. La Révolution, elle, en fait un cri de ralliement, parmi beaucoup d’autres : à l’époque, les formules concurrentes ne manquent pas.
Le nom à retenir est celui de Robespierre. En 1790, il propose que les mots « Le Peuple Français » et « Liberté, Égalité, Fraternité » soient inscrits sur les uniformes. La proposition n’est pas adoptée. C’est un détail qui compte au QCM : la devise est révolutionnaire par son origine, mais elle n’est pas officielle en 1790.
En 1793, les Parisiens peignent sur les façades une version bien plus sombre : « Unité, indivisibilité de la République ; liberté, égalité ou la mort ». La mention de la mort disparaît assez vite, trop associée à la Terreur. Puis l’Empire met la formule de côté.
Le vrai tournant arrive avec la IIe République. La Constitution de 1848 l’écrit noir sur blanc dans son préambule :
« Elle a pour principe la Liberté, l’Égalité et la Fraternité. Elle a pour base la Famille, le Travail, la Propriété, l’Ordre public. » (Constitution du 4 novembre 1848, préambule, point IV)
Relisez la seconde phrase. On y reviendra, parce qu’elle fabrique l’un des pièges les plus retors du sujet.
La IIIe République achève le travail : la devise est inscrite au fronton des édifices publics le 14 juillet 1880, l’année même où le 14 juillet devient fête nationale. Le site de la présidence de la République retrace ces étapes, et c’est la source à privilégier si vous voulez vérifier une date.
Que dit la Constitution de 1958 sur la devise ?
La devise passe dans la Constitution de 1946, puis dans celle de 1958. Son emplacement est précis : l’article 2, celui qui regroupe la langue, l’emblème, l’hymne, la devise et le principe de la République.
« La devise de la République est “Liberté, Égalité, Fraternité”. » (article 2 de la Constitution du 4 octobre 1958)
Un candidat averti retient le numéro de l’article, pas seulement le contenu. « Article 1er » ferait un excellent distracteur, parce que l’article 1er parle de la République indivisible, laïque, démocratique et sociale, et de l’égalité devant la loi. Le mot « égalité » apparaît dans les deux. Le piège est posé.
Pour tout le reste de l’article 2 (drapeau, Marseillaise, Marianne qui n’y figure pas), nous avons consacré un article complet aux symboles de la République. Ici, on s’en tient à la devise.
Sept dates pour situer la devise. Les trois en or suffisent pour la plupart des questions ; les autres servent à déjouer les distracteurs.
Pourquoi la fraternité a-t-elle changé de statut en 2018 ?
Pendant longtemps, la fraternité a eu la réputation d’être le parent pauvre du triptyque. La liberté et l’égalité se traduisent en droits précis, que les juges appliquent tous les jours. La fraternité ressemblait davantage à une intention morale.
Cela change le 6 juillet 2018. Saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité (décision n° 2018-717/718 QPC), le Conseil constitutionnel juge que la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle. Il en tire une conséquence concrète, formulée ainsi dans la décision publiée sur son site :
« Il découle du principe de fraternité la liberté d’aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national. »
L’affaire portait sur l’aide apportée à des étrangers en situation irrégulière. La décision ne supprime pas la lutte contre l’immigration irrégulière : le Conseil rappelle que le législateur doit concilier ce principe avec la sauvegarde de l’ordre public. C’est cette conciliation que vous devez savoir restituer, sans caricature dans un sens ou dans l’autre.
Pour un futur gendarme, ce point n’a rien d’anecdotique. Il montre qu’un mot inscrit sur un fronton peut produire des effets de droit, et que c’est le Conseil constitutionnel qui lui donne sa portée. Une question du type « Quelle institution a reconnu la valeur constitutionnelle du principe de fraternité ? » se règle alors en deux secondes.
Quels pièges la devise tend-elle au QCM ?
Voici les confusions qui coûtent des points, de la plus grossière à la plus subtile.
Dater la devise de 1789. C’est la réponse réflexe, et elle est fausse si la question porte sur l’officialisation. 1789, c’est la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, pas la devise. Robespierre, c’est 1790, et sa proposition échoue. L’inscription constitutionnelle date de 1848.
Confondre 1848 et 1880. Les deux dates sont justes, mais pas pour la même chose. 1848 : principe écrit dans la Constitution. 1880 : inscription au fronton des édifices publics. Associez 1880 au 14 juillet, devenu fête nationale la même année, et la paire tient.
Le piège de Vichy. Sous le régime de Vichy (1940-1944), la devise républicaine est remplacée par « Travail, Famille, Patrie ». Maintenant, souvenez-vous du préambule de 1848 : « la Famille, le Travail, la Propriété, l’Ordre public ». Un QCM peut vous proposer « Travail, Famille, Patrie » comme base de la IIe République. C’est faux. La Constitution de 1848 cite la famille et le travail comme base, mais la Patrie n’y figure pas, et la devise de 1848 reste Liberté, Égalité, Fraternité.
Confondre la devise de la République et celle de la gendarmerie. La gendarmerie a sa propre devise : « Pour la Patrie, l’Honneur et le Droit ». Elle ne remplace pas la devise nationale, elle s’y ajoute, comme une unité militaire porte ses propres traditions. Si une question vous demande la devise inscrite à l’article 2 de la Constitution, ne vous laissez pas entraîner par un réflexe d’appartenance.
Réciter l’ordre des mots de travers. Liberté, Égalité, Fraternité. Toujours dans cet ordre. Une proposition qui inverse deux termes est fausse, même si elle a l’air familière.
Un dernier point, plus fin. La devise ne doit pas être confondue avec la laïcité, qui relève de l’article 1er et de la loi de 1905. Les deux notions appartiennent au même bloc de valeurs, mais elles ne se trouvent ni dans le même article ni dans le même texte. Si vous avez un doute, notre article sur la laïcité au concours remet les repères en place.
Comment réviser la devise sans y passer une soirée ?
Notre avis est net : la devise ne mérite pas une fiche de trois pages. Elle mérite cinq dates, un numéro d’article et deux pièges. C’est tout.
Mémorisez d’abord la chaîne 1790, 1848, 1880, 1958, 2018 en associant un mot à chaque date : Robespierre, Constitution, frontons, article 2, fraternité. Glissez-y la parenthèse de Vichy, 1940-1944, avec « Travail, Famille, Patrie ». Puis testez-vous sur des questions à propositions multiples, jamais sur une simple relecture : une date retrouvée seul face à des distracteurs tient beaucoup plus longtemps qu’une date relue dix fois.
Un exemple de question d’entraînement pour vérifier que c’est acquis : « En quelle année la devise Liberté, Égalité, Fraternité est-elle inscrite au fronton des édifices publics ? 1789, 1848, 1880 ou 1958 ? » Si vous avez répondu 1848, reprenez la section sur les pièges. Si c’est 1880, vous êtes prêt.
Dans Objectif Gendarme, ces repères sont travaillés dans l’entraînement par thème valeurs et symboles républicains, avec une correction expliquée après chaque réponse. Le mode Examen Blanc chronométré mélange ensuite ce thème avec l’histoire et les institutions, ce qui vous oblige à trancher vite entre 1848 et 1880 quand le chronomètre tourne. Les premières questions sont gratuites et ne demandent aucun compte.
Une fois la devise en poche, la marche suivante est logique : l’article 1er de la Constitution. République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Quatre adjectifs, et autant de questions possibles.
